Épisode 4 : quelle continuité pédagogique ?

 

le jeudi 12 mars, matin, Jean Michel Blanquer indiquait que « la fermeture des écoles n’est pas la stratégie adoptée « 

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le vendredi 13 mars, Jean Michel Blanquer indiquait que techniquement, tout était prêt et que l’enseignement à distance pouvait permettre « une plus grande individualisation »

Quelle incongruité de voir le Ministre qui a mis en tension les personnels du CNED, établissement de l’Éducation Nationale (voir site du SNASUB-FSU), a travaillé à déconstruire CANOPE (ex CDDP) –voir la pétition– valoriser aujourd’hui ces établissements pour mettre en œuvre dans l’urgence, sans anticipation et à grand renfort de communication la fameuse « continuité pédagogique » avec notamment l’outil du CNED « ma classe à la maison »

Pour la FSU, il ne peut y a avoir de réelle « continuité pédagogique » ! La « continuité » suppose que tout se poursuit -activités, apprentissages, évaluations- comme à l’ordinaire… Mais on ne peut plus « faire classe/faire cours », s’il n’y a plus de lieu, de temps, d’outils communs aux groupes-classes ! Nous sommes donc face à une « rupture pédagogique ».

Alors même que la fracture numérique est identifiée, que les inégalités d’équipements ne sont plus à démontrer (notamment en mesurant l’utilisation des ENT quand ils existent), la question des équipements et des moyens de communication des familles sont autant de freins à l’utilisation des outils vantés par le Ministre. L’absence d’anticipation, de formation et d’équipement des personnels vient s’ajouter à la complexité de la situation.

Par ailleurs, ces fractures ne viennent que s’ajouter aux inégalités sociales -le confinement ne le efface pas- que l’école peine à empêcher à transformer en inégalités scolaires -le confinement accentue très certainement la tendance.

C’est d’ailleurs le sens du courrier de l’intersyndicale de l’Education du 1er avril au ministre :

« Les inégalités existent, le confinement, hélas, n’efface pas ces réalités mais les révèle plus cruellement encore et les exacerbe. Il convient de ne pas les creuser davantage. Il s’agit avant tout de maintenir le lien avec les élèves et les familles pour les rassurer et les accompagner, dans le respect du droit à la déconnexion de tous et des statuts des personnels. Il convient aussi de faciliter pour tous la reprise quel que soit le moment où elle aura lieu.

Vouloir à tout prix enseigner de nouvelles notions durant la période de confinement va inévitablement aggraver les inégalités scolaires, entre les élèves qui auront été dans des conditions matérielles propices aux apprentissages et les autres. Dans ce sens, il ne doit pas y avoir de prise en compte d’évaluations qui auraient eu lieu pendant la période de confinement, ni au retour de celle-ci sur ce qui aurait été étudié dans cette période. »

En 2008, les élèves de primaire perdait deux heures d’enseignement hebdomadaire sous la houlette du Ministre Darcos : 72 h sur une année scolaire, 648 h sur une scolarité primaire ! L’équivalent de 27 semaines actuelles sur l’ensemble de la scolarité primaire !

Qui était alors DEGESCO, numéro 2 du Ministère ? Jean Michel BLANQUER  !!!

 

C’est le même aujourd’hui qui explique qu’il nous faut garantir la continuité des apprentissages, selon le rythme prévu mais… sans voir les élèves… Il s’était posé moins de question pour mettre en œuvre une mesure qui supprimait alors plus de 6 semaines de scolarité aux élèves primaires !!!

L’urgence pour ne pas accélérer la transformation des inégalités sociales en inégalités scolaires est plutôt à reconstruire les Réseaux d’Aide aux élèves en difficulté (RASED) qui seront nécessaires pour appuyer le travail des maîtres et des élèves qui n’auront pas eu les moyens, pas pu ou qui n’auront pas été accompagnés durant cette période de confinement et qu’il faudra raccrocher aux apprentissages scolaires. Ces mêmes RASED que le DEGESCO Blanquer a lui même démantelés sous le quinquennat Sarkozy.

Aujourd’hui, Blanquer prétend que seuls 5 à 8% des élèves « perdus par leurs professeurs » : l’absence de signal téléphonique ou numérique serait elle le signe suffisant de la continuité pédagogique ?

 

Un peu de sérieux Monsieur le Ministre !!! Et préparons le jour d’après !

 

Les prises de positions de la FSU et du SNUipp-FSU :

Le 19 mars 2020 : la FSU demande au Ministre de ne pas jeter de l’huile sur le feu : « Avec les personnels soignants et toutes celles et ceux qui répondent aux besoins de première nécessité, les enseignant-es et l’ensemble des personnels administratifs, techniques, sociaux, de santé, de surveillance, d’encadrement de l’Éducation nationale et des établissements d’enseignement supérieur et de recherche sont en première ligne pour faire face à la crise sanitaire liée à l’épidémie du coronavirus. Ils et elles s’engagent et déploient beaucoup d’énergie pour assurer un lien et une présence avec les élèves, les familles et les étudiant-es, essentiel notamment pour les plus fragiles. Ils et elles organisent la continuité de service et tentent de maintenir, autant que faire se peut, une activité scolaire et universitaire en dépit des difficultés matérielles (organisation personnelle compliquée, outils informatiques, serveurs et connexions saturés) et des propos ministériels qui sont de plus en plus virtuels et détachés de la réalité quotidienne, voire qui confinent parfois au déni ».

Le 23 mars 2020 : l’Institut de recherche publie : la continuité pédagogique : l’imposture Blanquer

Le SNUipp-FSU intervient auprès du Ministère pour préparer les réponses à apporter aux conséquences de la crise sanitaire  : la crise épidémique confirme, s’il en était besoin, l’utilité des services publics, dont celui de l’éducation. Pour la rentrée, le SNUipp-FSU réclame :

  • un moratoire sur toutes les opérations de carte scolaire, lesquelles doivent être limitées aux ouvertures de classes là où elles sont nécessaires.
  • une dotation permettant d’alléger les effectifs, de développer les RASED et les maîtres supplémentaires. Cela dans toutes les écoles, afin de reconstruire ce que cette crise sanitaire aura chamboulé et peut-être enfin s’attaquer franchement aux inégalités.
  • Par ailleurs, le syndicat continue de réclamer la protection optimale de tous les personnels qui accueillent les enfants des équipes soignantes avec la fourniture de masques
  • l’arrêt de toutes les opérations administratives nécessitant des échanges en présentiel (notamment Affelnet).